Manifeste pour des Entreprises renouvelées

Travailleurs et travailleuses indépendant·e·s : quelle forme donner aux entreprises de demain ?

Cela fait aujourd’hui 14 ans que je suis travailleur indépendant.

D’abord inscrit à la Maison des Artistes, la réussite de mon projet d’indépendance me pousse à vouloir entreprendre davantage et à évoluer.
Je monte alors une SARL (Home) avec la volonté de croître, créer des emplois et mettre mon travail en graphic design et communication au service d’un projet à long terme qui me tient à cœur depuis toujours : produire des groupes de musique émergents et leur offrir un lieu de travail et de répétition.

Quel rapport entre les métiers de la publicité et les groupes émergents allez-vous me demander ?

Le plan, c’était ça : si je m’astreignais à bosser « dans la com’ » au sens classique du terme, mes revenus me permettraient alors de réinvestir dans
un projet culturel, projet qui me semblait bien plus noble.

Cette ambition ne m’a jamais quitté. Et même si le but n’est toujours pas atteint et la progression lente, la forme de mon entreprise a tout de même bien changé : un nouvel associé depuis 2016 (Pierre-Matthieu, chef cuisinier ayant été amené à conseiller de grandes marques de produits culinaires), des locaux au centre de Paris, un nouveau sigle (NYsB / New York sous Bois), de nouveaux services, de nouvelles spécialités et surtout, toujours plus d’expériences cumulées. Toutefois, toujours pas le moindre salarié, une trésorerie en dents de scie et pas de quoi investir de vrais montants.

Pourquoi vous raconter tout ça ? Parce que durant ces 14 ans à travailler
à mon compte et après avoir traversé une crise financière en 2011/2012 et,
plus difficile encore, une crise sanitaire toujours d’actualité, j’ai eu l’occasion de m’interroger sur le sens d’entreprendre et, surtout, sur les bénéfices que cela m’apporte.

Les bénéfices ne sont clairement pas financiers, mes motivations sont avant tout morales. Je tiens à être responsable de ce que je propose, à rester indépendant et authentique, à ne pas avoir à me plier aux désirs de managers « n-plusifiés » à qui je n’accorde que peu de légitimité.

Le 13 mars 2020 est le premier jour de confinement. C’est aussi le début d’une remise en cause profonde.

En 12 heures, tous nos contrats sont annulés. Avec Pierre-Matthieu, nous n’avons plus rien à faire de nos journées si ce n’est passer des coups de fil pour prendre la température auprès de nos client·e·s, prestataires, prospect, familles, ami·e·s… Et autant vous dire qu’il n’y a pas grand-chose à raconter. Tout est à l’arrêt.

Le choc. KO technique. Anesthésie générale. Le rythme n’est pas ralenti, il s’est tout simplement arrêté. Nous tentons alors de nous consacrer aux projets qui nous tiennent à cœur depuis longtemps mais que nous avions laissé en attente, faute de temps à y consacrer. Mais à quoi bon créer lorsqu’on n’a plus aucune perspective ? Comment retrouver le goût de la production intellectuelle ? Et finalement, ces 14 années passées à produire pour mes client·e·s avaient-elles du sens ?

La réponse est dure mais révélatrice : non.

Mon métier est d’être créatif, de proposer des solutions pertinentes pour passer des messages. De jouer avec les symboles, les formes, les couleurs, les émotions. Je m’adresse à la sensibilité et à l’intelligence d’un interlocuteur.

La communication est une valeur forte. Il s’agit d’établir une relation avec quelqu’un, de provoquer et permettre l’échange. Sans communication, pas de vivre ensemble, quelle que soit l’échelle. Elle est aujourd’hui pervertie par le marketing, la publicité et la parole politique. La com’ est une vaste cacophonie, un mensonge où le paraître et la superficialité prennent le pas sur la sincérité du message. Ré(inter)agir toujours plus, toujours plus vite, et se positionner de la façon la plus acceptable possible pour le plus grand nombre.

Je réalise alors que depuis mes 24 ans, mon indépendance n’en a finalement que le nom. On fait appel à moi parce que je travaille vite, bien, que je charrette sans broncher et que je ne coûte pas énormément. On me met en concurrence avec des juniors freelances pour être certain que je m’aligne.
On me propose des appels d’offre non indemnisés. On me demande des efforts financiers et des délais aberrants pour travailler correctement, en permanence, tout en sachant que ce n’est pas raisonnable. Et personne n’a honte.

Et maintenant que nous sommes tous touchés par la crise sanitaire et le confinement, on se met à applaudir les soignants, à avoir de belles paroles pour les petites gens qui se lèvent tôt. On parle du monde d’après et tout le monde chante en chœur la solidarité.

Hypocrisie généralisée.

Après le confinement, nous sommes tout d’abord soulagés : notre activité n’est pas morte et après cette épreuve, tous, nous allons enfin pouvoir repenser nos collaborations. Mais encore une fois, c’est la désillusion. Tous les indépendants crèvent la gueule ouverte, on acceptera bien de se faire essorer encore un peu plus. Alors les « agences » baissent leur prix de 3 à 4 fois ce qu’il faut pour survivre, quitte à crever, autant le faire sans dignité. Ça pourrait apporter du taf après tout. Baissons la qualité de notre travail, baissons les tarifs, baissons l’exigence de justice, asseyons-nous sur nos valeurs et notre morale. Asseyons-nous sur notre monde d’après.

Avec Pierre-Matthieu, nous décidons rapidement de nous rapprocher de qui nous sommes vraiment et des convictions profondes que nous portons.
Nous convenons ensemble qu’il n’est plus possible d’être dociles face à un système auquel nous ne croyons plus.

Nous proposons aux travailleur·euse·s indépendant·e·s, qu’ils soient gérant·e·s, auto-entrepreneur·euse·s, auteur·rice·s, artistes, intermittent·e·s, etc. de se fédérer autour d’un projet d’union où
nous imposerons une exigence de qualité et agiront pour un modèle sociale solidaire.

New York sous Bois revendique désormais le statut d’Entreprise renouvelée. Nous nous proposons d’être un laboratoire ayant pour objectif de prouver que le bien-être de l’humain, le respect de l’environnement, de l’intelligence d’autrui, et la qualité du travail dépassent le financier.

Nous mettons donc en place la charte des Entreprises renouvelées que vous pourrez trouver à la suite de cette article. En toute transparence, nous vous présentons aussi comment nous souhaitons l’appliquer au sein de New York sous Bois. Nous vous invitons à nous rejoindre et à participer à un projet que nous pensons sain et nécessaire. Que vous soyez grande entreprise, élu·e, travailleur·euse indépendant·e, artisan·e, commerçant·e, etc. chaque acteur·rice économique à une place à prendre et un rôle à jouer.

Pour (re)trouver une raison et du sens dans cette période sombre.

New York sous Bois est une entreprise spécialisée dans les musiques actuelles,
le culinaire et la communication. Ses clients sont principalement des acteurs
des musiques alternatives, des collectivités territoriales ainsi que des marques de produits culinaires et de grande distribution.
Elle a été fondée par Thomas Lebescond, directeur de création associé, en 2009, rejoint en 2016 par Pierre-Matthieu Moulard, chef exécutif associé.

LIEU DE CRÉATION ENGAGÉE

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